Le billet de Bertrand : des foils et des hommes

Bertrand Castelnerac, skipper professionnel connu et reconnu, co-fondateur de SEAir, revient sur l’actualité de la voile du moment. Regard décalé avec un objectif : faire réfléchir et se projeter. Dans la démarche de la team SEAir…

Que du bonheur ces récentes actualités « voile » ! Un vent bien portant souffle en effet sur les performances sportives et sur l’industrie nautique. Un grand bravo à toutes celles et tous ceux qui ont orchestré – et orchestrent encore au moment où j’écris ces lignes – les derniers événements nautiques, et notamment le Vendée Globe. C’est fort, très beau et terriblement excitant. La vague qui est en train de déferler sur toutes les plages et qui gagne le large provoque d’ailleurs de l’effervescence à tous les niveaux. Désormais, l’homme manipule des ordinateurs qu’il pousse toujours plus loin et, en retour, il obtient des ailes. À nouveau, il lui est permis de tout remettre en cause, d’ouvrir les terrains d’investigation, d’élargir les champs du possible et de faire des choix qui ne se présentaient pas il y a encore quelques mois

Ce match franco-britannique auquel nous avons assisté sur l’édition 2016 du Vendée Globe est un merveilleux exemple du potentiel dont recèle la technologie. Alors qu’il n’est pas aisé pour tout le monde de différencier – à première vue – les deux types de foils et d’environnement de chacun des deux bateaux, les différences sont pourtant de grande importance, et ce malgré les aléas de course. Du combat entre verticalité et horizontalité, anti-dérive et portance, peut naître des courbes de toutes formes, aux effets bien différents, à en devenir… comiques. Mais la tentation de s’octroyer le maximum de ces deux phénomènes ne doit pas sacrifier la stabilité du navire sur l’autel de la performance. Parce que la stabilité d’un foil rime avec la traînée hydrodynamique, parce celle-ci ralentit le bateau et peut même être assimilée à du confort, on ne doit pas croire les foils comme forcément instables pour êtres utiles. Dans cette difficile équation de courbes et de lignes droites, les croyances se mêlent aux calculs et les réponses arriveront uniquement par la pratique, chose fort enthousiasmante pour les années à venir.
On ne peut que dire « bonne année » et « bonnes années » à venir. Vivement les prochaines Mini Transat, Route Du Rhum et autre Vendée Globe pour que toutes ces nouvelles réalisations – innovations devrait-on dire – prennent le large.

Photo d’illustration : Alex Thomson, 2e du Vendée Globe 2016, accueilli par le vainqueur Armel Le Cléac’h, Les Sables d’Olonne, 20 janvier 2017 © Photo Mark Lloyd / DPPI / Vendée Globe.

24 janvier 2017